Chef de cuisine : l'envers du décor

Publié le 25 juillet 2026 à 08:09

Après avoir passé sa journée à nourrir les autres, que mange réellement un Chef lorsqu’il rentre chez lui ?
Derrière les fourneaux, il y a aussi la fatigue, les sacrifices et tout ce que le client ne voit pas.

On imagine peut-être une langouste, un tournedos Rossini avec une sauce aux truffes montée au beurre et trois petits légumes déposés délicatement à la pince…

Moi, j’aime rentrer chez moi, ouvrir un paquet de harengs fumés marinés à l’huile, sortir un bon pain croustillant, du beurre et ouvrir une bonne bière bien fraîche.
Avec ce plaisir tout simple, je suis content. 😃

Après avoir cuisiné toute la journée pour les autres, j’ai pas forcément envie de recommencer un service dans ma propre cuisine et de tout salir tard le soir…

Mais avant d’arriver aux harengs, au pain, au beurre et à la bière, il s’en est passé des choses.
Et c’est justement de cela que j’ai envie de parler : de tout ce que le client ne voit pas, de l’envers du décor.

Ce texte matinal n’est pas une plainte, c'est juste notre histoire, l'histoire des Chefs.

Servez-vous un café, c'est un peu long... ☕️
Je vous souhaite bonne lecture.

La cuisine est un métier de passion.
C’est aussi un métier d’exigence, d’engagement, de responsabilités, de fatigue, de stress et parfois d’angoisse.

✅ Les sacrifices :
Le personnel de la restauration peut être sollicité tous les jours de l’année. Et c’est justement quand les autres sont en repos, en vacances ou en famille que nous entrons en scène :
- les dimanches.
- les fêtes : Noël, le Nouvel An, la fête des Mères, …
- les mariages, les communions et les soirées qui finissent à point d’heure.
- les soirs, quand tout le monde rentre du travail et retrouve sa famille, pendant que nous, on croise vite fait nos femmes, nos maris et nos enfants avant de repartir.

Nous sommes ceux qui travaillent pendant que les autres sont en mode détente.
C’est le métier, on l’a choisi. Mais il faut être honnête : au fil des années, ces absences répétées finissent par peser sur la vie de famille.

✅ Déjà, on ne s’improvise pas cuisinier !!
La cuisine est un vrai métier et un vrai métier, ça s’apprend. L’histoire commence généralement dans une école hôtelière ou un CFA.

Alors oui, il existe des autodidactes qui deviennent d’excellents cuisiniers, mais ils sont franchement rares.
Ceux qui y arrivent ont soit un vrai talent inné, soit ils ont travaillé comme des forcenés.
Ils ont lu, essayé, raté, recommencé et passé des centaines d’heures à apprendre seuls ce que les autres avaient appris en formation.

La passion est indispensable, mais la passion sans les bases, c’est souvent beaucoup d’enthousiasme autour d’une casserole brûlée.

Avant de faire de belles virgules de sauce avec une pince à épiler, il faut déjà apprendre à tenir un couteau, maîtriser une cuisson, organiser son poste et travailler proprement.

Il faut également apprendre la langue de la cuisine : fouler, fraiser, pétrir, singer, réduire, déglacer, chinoiser…
Il faut connaître les sauces, les potages, les appellations classiques et le matériel : une russe, un pochon, un chinois, une étamine, un piston…

Quand le Chef demande un chinois, il ne faut pas aller chercher un client bridé dans la salle.
Quand il demande une russe, il ne parle pas d’une belle nana qui viendrait du pays des Tsars.

✅ On commence par le début :
Quand on sort de l’école, on ne devient pas Chef parce qu’on a réussi une béchamel devant son prof. 🤣

Le métier ne débute pas par la création d’un plat gastronomique.
Il commence par éplucher les pommes de terre, les carottes et les oignons, équeuter les haricots verts, écosser les petits pois, tourner les artichauts…

Et quand on croit avoir terminé, quelqu’un arrive avec un nouveau sac. 😰

Il y a aussi la plonge, les casseroles à récurer, les plans de travail à nettoyer et les premiers taillages.
Ces tâches peuvent paraître ingrates, mais elles apprennent déjà l’essentiel : la propreté, la rapidité, la précision, la régularité et le respect du produit.

On ne s’improvise pas cuisinier, on le devient.
On apprend, on fait des erreurs et on recommence.
On en fait encore, mais normalement un peu moins grosses.

Aujourd’hui, après plus de trente-cinq ans de métier, j’apprends toujours : une nouvelle technique, un nouveau produit, un geste observé chez un collègue…
Et parfois d'une belle connerie que je viens de faire moi-même.

L’expérience, ce n’est pas ne plus commettre d’erreurs. C’est les voir arriver plus tôt et éviter de les mettre dans l’assiette du client.

✅ Une cuisine, c’est presque l’armée :
La cuisine est un milieu très hiérarchisé.

On commence stagiaire ou apprenti.
Puis, dans l’ordre, on devient commis, premier commis, demi-Chef de partie, Chef de partie, premier Chef de partie, second de cuisine et enfin Chef.

Dans les grandes brigades, la cuisine est divisée en secteurs que l’on appelle des parties.
Le garde-manger s’occupe des préparations froides et des entrées.
D’autres travaillent le poisson, les viandes, les sauces, les garnitures, les légumes et enfin la pâtisserie.

Chacun possède son poste, mais tout doit sortir ensemble :
- Une viande parfaite avec une garniture froide, c’est raté.
- Un poisson magnifique qui attend dix minutes que la sauce arrive, c’est raté.
- Et une sauce servie lorsque le client a terminé son assiette, c’est peut-être très bon, mais c’est un peu tard.

Le second épaule le Chef, supervise la brigade et le remplace lorsqu’il est absent.

Puis, tout en haut, il y a le Chef, l’empereur suprême des fourneaux. Celui qui organise, contrôle, goûte, rectifie, décide et tranche.

Pendant le service, le Chef n’a pas le temps de faire une conférence.
Il donne une consigne et il n’y a qu’une seule bonne réponse : « Oui, Chef. »

✅ Être Chef ne donne pas le droit d’être un gros con :
Il y a vingt-cinq ans, lorsque j’ai pris mon premier poste de Chef, j’étais très exigeant. Probablement trop.

J’ai eu la chance de travailler dans de grandes maisons de la gastronomie française, où l’erreur n’était pas prévue au programme. Elle était juste inconcevable.

La pression était énorme et les Chefs criaient beaucoup.
L’ambiance était dure, parfois brutale. Les humiliations et les insultes faisaient presque partie de la formation.

Au début, j’ai reproduit ce que j’avais connu et pour moi, c’était la norme.
Faut dire que j’étais très exigeant envers moi-même, donc j’exigeais énormément des autres.
Je suis toujours très exigeant avec moi-même mais j'ai arrêté d'être un gros con !! Enfin j'espère. 😁

Avec les années, j’ai appris qu’on pouvait se faire respecter sans brailler.
On peut corriger quelqu’un sans l’humilier, demander de la rigueur sans insulter et diriger une cuisine sans menacer les gens, sans les rabaisser et, précisons-le quand même, sans frapper personne.

Je ne regrette ni ce que j’ai vécu ni la formation qui a fait de moi ce que je suis.
Mais aujourd’hui, je préfère travailler dans la bonne humeur. Cela ne veut pas dire qu’on fait n’importe quoi et l’exigence reste là.

Le métier est déjà suffisamment dur. Pas besoin d’ajouter un Chef qui se prend pour Napoléon parce qu’il possède une toque.

✅ Gérer des personnes :
Une équipe, ce sont des caractères, des humeurs, des qualités, des défauts, des fragilités et des niveaux très différents.
On ne parle pas à tout le monde de la même manière, c'est certainement la partie la plus difficile à gérer pour le Chef.

Il y en a un qu’il faut encourager, un autre qu’il faut recadrer, un troisième à qui il faut expliquer plusieurs fois sans perdre patience… Et il y a toujours celui qui comprend immédiatement, sauf précisément le jour où l’on est débordé.

Le personnel n’est pas forcément qualifié lorsqu’il arrive.
Il faut donc former, montrer, faire refaire, corriger et accompagner.

Le Chef doit transmettre les gestes, l’organisation, les cuissons, les assaisonnements, l’hygiène et la régularité, tout en respectant l’humain.

Une personne, c’est pas une casserole. 🍲
Une casserole ne se vexe pas, elle ne manque pas de confiance en elle et elle n’arrive pas au travail avec des problèmes personnels plein la tête.

Le rôle du Chef est de faire progresser les gens et de les rendre plus professionnels, plus réguliers et plus autonomes, sans oublier qu’avant d’être des employés, ce sont des femmes et des hommes.

✅ Le matin, tout peut déjà partir de travers :
Quand on ouvre le restaurant, on ne sait jamais vraiment ce qui nous attend.

On peut découvrir une fuite dans les toilettes des clients. La machine à plonge peut refuser de démarrer.
Un employé peut être absent. Une livraison peut ne jamais arriver. Un réfrigérateur peut avoir décidé de prendre sa retraite pendant la nuit. Le four peut tomber en panne...

La journée n’a même pas commencé qu’elle vous tend déjà une liste de problèmes longue comme une carte de brasserie.
Et tous ces problèmes ne peuvent pas attendre.

Le restaurant ouvre dans quelques heures. ⏰
Les produits doivent rester au froid, la plonge doit fonctionner, le four doit chauffer, les toilettes doivent être utilisables et l’équipe doit tenir, même lorsqu’il manque quelqu’un.

Il faut appeler un réparateur, déplacer les produits, modifier la mise en place, réorganiser les postes, remplacer l’absent ou changer le menu.

Parfois, suivant le degré d'urgence, le Chef peut se transformer en peintre, serrurier, plombier, électricien, homme à tout faire...

Le Chef est simplement la personne vers qui tout le monde se tourne lorsque quelque chose ne fonctionne pas. 💪

Dans ce métier, on n’a pas vraiment le temps d’admirer le problème. Il faut trouver une solution, et vite !!

✅ Avant les fourneaux, il y a le bureau :
Quand on est Chef de cuisine et gérant, la journée commence devant un ordinateur.
Il faut répondre aux mails, à WhatsApp, à Messenger et à tous les moyens de communication inventés pour être certain qu’on puisse nous joindre à n’importe quelle heure.

Il faut préparer des propositions, organiser des repas et envoyer des menus.
Puis vient la comptabilité : la caisse, les factures fournisseurs, les relevés bancaires, les rapprochements, les déclarations, les salaires.

La paperasse possède une capacité assez remarquable à se reproduire toute seule, donc mieux vaut ne pas prendre de retard.

✅ Deux cents kilos de patates avant le café :
Une fois par semaine, je vais à l’OCEF chercher deux cents kilos de pommes de terre et je les charge dans mon coffre.
Pas besoin d’aller dans une salle de sport. Au moins, je fais des économies.✊

Et il y a les différentes courses du quotidien : aller au marché, à la papetterie, au magasin de bricolage,...

✅ Commander, attendre et s’adapter :
Avant de cuisiner, il faut commander les produits, compter les stocks, prévoir les ventes, anticiper les réservations et ne rien oublier.

Ensuite, il faut attendre les livraisons.
Le camion devait passer le matin, mais il arrive à midi moins dix ou pendant le service. Il se gare devant la terrasse du restaurant avec son groupe frigorifique qui ronfle comme un avion prêt à décoller.

Il faut réceptionner les marchandises, contrôler les quantités et les températures, signer les bons et tout ranger dans les chambres froides.

Parfois, la livraison n’arrive pas, il manque un carton ou le mauvais produit a été envoyé.

Le client, lui, ne veut pas savoir que le fournisseur s’est trompé.
Il veut le plat écrit sur la carte.

Alors on relance, on remplace, on improvise et on trouve une solution.
Pas le choix, faut que ça tourne !

✅ En Calédonie, on cuisine aussi avec les bateaux :
En Nouvelle-Calédonie, nous sommes loin de tout. ✈️
La métropole est fin loin.
L’Australie et la Nouvelle-Zélande ne sont pas non plus au bout du trottoir.

Une grande partie des marchandises arrive par bateau.
Certains produits peuvent venir par avion, mais forcément, vu le prix du transport, ça coûte plus cher.

Alors on attend les conteneurs, et on connaît les retards, les ruptures et les produits indisponibles.
Un produit utilisé depuis des années peut disparaître du jour au lendemain et parfois, le fournisseur ne sait même pas quand il reviendra.

Il faut adapter la carte, modifier une recette, remplacer une garniture ou supprimer temporairement un plat.

En Calédonie, on ne cuisine pas seulement avec les saisons. On cuisine aussi avec les arrivages.

✅ Puis le service démarre !
Les premiers clients du midi arrivent vers 11h30 et beaucoup reprennent le travail à 13h00.
Ils veulent donc manger bon et surtout vite.

En cuisine, cela veut simplement dire que plusieurs dizaines de commandes peuvent tomber en quelques minutes.
Il faut sortir les plats rapidement, bien cuits, bien assaisonnés, chauds et, si possible, dans la bonne assiette.

Une fois que le service commence, le reste disparaît.
Le cerveau ne pense plus qu’à la qualité et à la vitesse. 🚀

Pendant que l’on dresse une assiette, deux ou trois autres commandes sont déjà en cours.
On fait frire, rôtir, sauter, réduire une sauce, surveiller une viande, vérifier une garniture, goûter, rectifier et dresser.

Tout doit s’enchaîner. ⚙️

C’est précisément pour ça que le moindre grain de sable peut tout foutre en l’air.
Une cuisson à refaire, une sauce qui tranche, une commande modifiée, un produit manquant… et c’est la merde !

Trois minutes de retard peuvent en provoquer dix sur une autre table, puis quinze dans toute la salle.

Le service, c’est une mécanique de précision qui ne supporte aucune faille.

✅ Réussir une fois ne suffit pas : 🏆
Un bon restaurant ne doit pas réussir un plat une fois. Il doit le réussir à chaque fois.
Le client qui revient veut retrouver la même cuisson, le même goût, la même sauce et le même assaisonnement.

Le problème, c’est que tout le monde n’a pas les mêmes goûts. Certains aiment plus salé, d’autres moins.
Certains aiment plus acide, plus épicé ou davantage cuit.

Les produits changent : une viande peut être plus ou moins persillée, un légume plus humide, une pomme de terre plus farineuse…

Il faut pourtant trouver un équilibre capable de plaire au plus grand nombre.
L’assiette doit rester régulière.
Le client paie et il attend le meilleur.

✅ Les clients fantômes, les no-shows : 😡
Ce sont les clients qui réservent, qui confirment… et qui ne viennent pas, sans prévenir.
Nous avions prévu les produits, le personnel et l’organisation.
Nous avons parfois refusé d’autres clients parce que le restaurant semblait complet.

Puis personne ne vient. On attend… 😱

Et quand on comprend enfin qu’ils ne viendront pas, il est trop tard pour remplir la table.
Bien sûr, un imprévu peut arriver, mais il faut quelques secondes pour appeler et prévenir.
C’est simplement respecter le travail des autres. 😤

Les charges, elles, n’annulent jamais leur réservation, elles arrivent toujours à l’heure.

✅ Les critiques gastronomiques du canapé :
Il y a ensuite les avis sur Google, TripAdvisor et toutes les plateformes où chacun peut devenir critique gastronomique après avoir mangé une entrecôte et bu un café.

La plupart des commentaires sont positifs.
C’est motivant et ça fait réellement plaisir. 🥳

Mais un avis négatif peut faire très mal. On peut recevoir des dizaines de compliments et ne penser qu’à celui qui nous démolit. C’est celui-là qui reste dans la tête. 🥶

Certaines critiques sont justifiées.
Il faut savoir les entendre, reconnaître une erreur et progresser.

D’autres sont injustes, exagérées ou racontées avec une version très personnelle de la réalité. Le lecteur ne connaît pas le contexte. Il voit une étoile et une phrase assassine.

Aujourd’hui, nous ne servons plus seulement des plats. Nous servons aussi une réputation numérique, et celle-là ne se lave pas avec un coup d’éponge.
Une fois sur Internet, c’est écrit et ça reste.

✅ Le Chef assume
Quand je passe en salle, je plaisante parfois avec les clients :
— Si c’est bon, c’est grâce à moi. Si c’est mauvais, c’est la faute de l’équipe.
C’est évidemment une blague ! 😂

Dans la réalité, le Chef assume. D’abord ses propres erreurs, puis celles de son équipe.
On ne désigne jamais un salarié devant un client.
Une équipe se corrige en cuisine, jamais en salle.

Le Chef récolte les compliments, mais il prend aussi les coups sans perdre son sourire.

✅ Pendant le service, le corps attend :
Une fois le service lancé, il est très difficile de s’arrêter.

Lorsqu’on se coupe ou qu’on se brûle, le premier réflexe est de serrer les dents.
On prend un bout de papier essuie-tout, on exerce une compression, on tourne un morceau de papier film sur la coupure… On gère l’immédiat.

Bien sûr, la blessure doit être nettoyée, soignée et protégée correctement. Mais dans la réalité du coup de feu, les professionnels repoussent souvent leurs propres soins.

On pense au service, aux plats à dresser, aux clients qui attendent, à l’équipe. 💪

Puis, une fois le service terminé, on regarde son doigt et on se dit :
" Tiens, finalement, c’est peut-être un peu plus ouvert que prévu." 🤕

Même aller aux toilettes devient compliqué, voire impossible. On essaie d’anticiper avant le service, mais parfois, pas le choix… on doit se retenir. 🥵

✅ Un métier physique et dangereux :
La cuisine est plus dangereuse qu’elle n’en a l’air.

On se brûle avec le four, les plaques, les casseroles, la vapeur et l’huile.
On se coupe avec les couteaux, les mandolines et les machines.

Le sol peut être glissant à cause de l’eau ou d’un liquide renversé.
Même avec de bonnes chaussures, il arrive qu’un cuisinier effectue un magnifique salto arrière.

Il y a aussi les écarts de température.
Au poste chaud, la veste finit trempée de sueur.
Puis il faut entrer dans une chambre froide à 3 degrés, voire dans un congélateur à –18.
On passe du sauna au pôle Nord en quelques secondes.
On ressort pétrifié, puis on retourne devant les fourneaux, histoire de décongeler.

Il faut aussi porter les marmites.
Une grosse marmite remplie de viande, de légumes et de liquide peut peser cinquante ou soixante kilos.
Quand un collègue est disponible, on la porte à 2.
Mais quand personne n’est à proximité, on se débrouille et, forcément, le dos ramasse. 🙄

Nous travaillons debout pendant des heures.
On piétine, on pivote, on fait beaucoup de sur-place.
Après des années de métier, les pieds, les genoux, les épaules et le dos finissent par présenter l’addition.

✅ L’hygiène, ce n’est pas passer un coup d’éponge :
Le Chef est responsable de l’hygiène du restaurant. Il faut être rigoureux avec soi-même et faire appliquer les mêmes règles par toute l’équipe.
Dans une cuisine professionnelle, l’hygiène ne consiste pas simplement à passer un coup d’éponge. 🪣

Il faut respecter la marche en avant, séparer le propre du sale, éviter les contaminations, contrôler les températures, ranger, nettoyer, désinfecter, étiqueter et dater.

Tout doit être suivi : chaque bac, chaque produit, chaque réfrigérateur, chaque préparation.

En cas de contrôle ou de problème sanitaire, ce n’est pas vers le stagiaire qui a oublié une étiquette que l’on se tourne. C’est vers le responsable.

✅ L’après-midi, le travail change seulement de costume :
Après le service du midi, il faut encore assurer le suivi commercial, répondre aux demandes, préparer les propositions, saisir les factures, mettre la comptabilité à jour et traiter tout ce que l’on n’a pas pu faire le matin parce qu’entre-temps un réfrigérateur était tombé en panne ou qu’un salarié avait appelé pour dire qu’il ne viendrait pas.

Le travail continue, il ne porte simplement plus une veste de cuisine.
Il prend la forme d’un écran, d’un classeur et d’une facture.

✅ Le prix de l’assiette : 💲
Le client voit un morceau de viande, une sauce et une garniture.
Le restaurateur voit aussi les salaires, les fournisseurs, la CAFAT, les retraites, les impôts, l’électricité, le gaz, les assurances et tout le reste...

Il y a la vaisselle cassée, les appareils en panne, les réparations, les produits d’entretien, la désinsectisation, l’entretien de la hotte et de son conduit, la vidange du bac à graisse, la fosse septique, le parfum des toilettes, la carafe d’eau, le pain…

Tout cela est compris dans le prix de l’assiette et que le restaurant soit plein ou vide, les charges tombent immanquablement à la fin du mois.

Lorsqu’un client dit qu’il pourrait faire le même plat chez lui pour 3x moins cher, on a parfois envie de répondre :
« Bien sûr. Pensez juste à acheter le four professionnel, payer le personnel, nettoyer la hotte, vidanger le bac à graisse et régler la CAFAT avant de passer à table. »

✅ Le soir, il faut encore préparer demain :
Quand le service du soir se termine, on pourrait croire que la journée est enfin terminée. 💤
Pas tout à fait.

En rentrant, il reste à passer les commandes du lendemain.
Il faut reprendre les stocks, vérifier ce qui a été vendu, prévoir les besoins et s’assurer que les produits arriveront à temps.

Toute la journée, le Chef a cuisiné, dirigé, réparé, organisé, répondu, contrôlé et compté.

Au moment où il pourrait enfin poser son cerveau, il faut encore penser aux légumes, à la viande, au poisson et à ce qu’il ne faudra surtout pas oublier.

La journée commence avec les commandes et elle finit souvent avec les commandes.
Entre les deux, il y a juste un restaurant à faire tourner. 🥳

✅ Quand la pression devient trop lourde :
Il y a la pression des clients, celle de l’équipe, celle des fournisseurs, celle des factures, celle des contrôles, celle des pannes, celle des absences, celle des avis sur Internet, celle des plats qui doivent sortir vite et sans erreur…

Et depuis quelques années, on peut ajouter les différentes crises qu’il a fallu traverser et surmonter : la Covid, la crise institutionnelle, la crise économique, les émeutes…

Une fois les portes fermées, le corps quitte la cuisine, mais le cerveau reste en plein service !!

Il repense à la table qui a attendu, au salarié avec qui on s’est pris la tête, à la facture du lendemain, à la livraison qui n’est pas arrivée, à la commande qu’il faut encore envoyer, au matériel qui est tombé en panne…

Une bière dégustée tranquillement avec le repas du soir est un plaisir simple, une détente bien méritée.
Mais pour bon nombre de Chefs, l’alcool devient le seul bouton permettant d’éteindre le cerveau chaque soir. Et ce plaisir peut se transformer en piège.
L’alcool ne règle ni le stress, ni les factures, ni les problèmes. Il les fait simplement taire pendant quelques heures. 😵‍💫

Dans les situations les plus graves, l’accumulation de la fatigue, des contraintes, de l’isolement et de la pression peut participer à une véritable détresse psychologique.

Notre profession a connu des drames. On peut penser, entre autres, au grand Bernard Loiseau.
Mais un suicide ne peut jamais être réduit honnêtement à une seule critique, une seule facture ou une seule mauvaise journée. Les causes sont toujours complexes, personnelles et multiples.

Ce que l’on peut dire, en revanche, c’est qu’un être humain ne peut pas tout encaisser pendant toute une vie sans que cela laisse des traces.

Reconnaître cette réalité, ce n’est pas se plaindre et ce n’est pas être faible.
C’est simplement rappeler qu’un Chef, malgré sa veste, son autorité et son fameux « oui, Chef », reste un être humain.

Même une cocotte-minute finit par exploser si l’on ne fait jamais tomber la pression.

✅ Alors pourquoi continuer ?
Après tout cela, on peut se demander pourquoi nous faisons encore ce métier.
Pourquoi accepter les horaires, la chaleur, les coupures, les blessures, les pannes, les charges et les sacrifices ?

Tout simplement parce que c’est un métier de passion. Parce qu’il y a le moment où l’assiette part en salle et qu’on en est fier.
Il y a le client qui revient, celui qui commande toujours le même plat, celui qui vient vous dire qu’il s’est régalé.

Il y a la fierté de transformer des produits en plaisir.
Il y a l’équipe, le coup de feu et l’adrénaline.

Il y a la satisfaction d’avoir trouvé une solution alors que, le matin même, le four ne fonctionnait plus, qu’un salarié était absent et que la livraison n’était jamais arrivée.

Le Chef n’est pas une victime.
C’est un professionnel soumis à une pression intense, qui choisit malgré tout d’avancer, de décider et de faire tourner son établissement.

On ne s’improvise pas cuisinier.
On devient cuisinier, on apprend, on se trompe, on recommence.

Et même après de nombreuses années, on continue de progresser dans tous les domaines : les gestes, les cuissons, l’organisation, le management...

Mais aussi dans la patience, l’écoute et l’humanité.
Être Chef, ce n’est pas seulement savoir faire à manger. C’est nourrir les clients, former une équipe, résoudre les problèmes, faire vivre une entreprise et rester debout lorsque tout devient compliqué.

Puis recommencer le lendemain matin et on aime ça. 🥰

J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire un bout de l’histoire de notre profession que j’en ai eu à vous l’écrire.

Et pour répondre à la question posée hier par mon amie Laeti : non c’est pas l’IA qui a rédigé ce beau texte mais bien moi.
Je me sers de l’IA pour 2 choses : me proposer des belles images d’illustration et tout à la fin pour me relire et corriger une éventuelle faute. C’est quand même plus agréable pour les lecteurs de lire un texte sans faute.

Ce genre d'histoire est tellement facile à rédiger, c’est juste l’histoire de nos vies.
Certes, ça prend un peu de temps mais j'aime écrire et lire.

Bonne journée à tous.
A bientôt pour vous régaler. Fab 😘